Biais et perceptions
Nous choisissons.
Non pas ce qui est réel et ce qui ne l’est pas. La question, métaphysiquement, n’est pas simple à trancher, car une illusion, lorsqu’elle se produit, lorsqu’elle agit, en sorte de déterminer telle conduite ou telle réaction, est très réelle, bien qu’elle soit réelle en tant qu’illusion. C’est la base même de la phénoménologie de l’esprit : toute perception consciente est de la sorte une illusion, une construction mentale, une falsification du donné brut ou pur de la sensibilité. En sorte que nous ne pouvons jamais parler d’une perception ou d’un rapport de conscience qui soit vrai, mais au mieux d’un rapport « juste » ou « adéquat » ou encore « équilibré » ; mais cet ajustement lui-même ne peut jamais se faire sur la base d’un réel de référence qui serait « le vrai », mais toujours relativement à une expérience déterminée et selon ses déterminations.
Il est tout à fait possible de vivre une expérience « adéquate » sur la base d’une illusion ou perception erronée. Du moins cela est-il possible durant un certain temps, tant que l’illusion favorise la conduite de la dite expérience (le sujet n’est pour ainsi dire pas conscient de la réalité de l’expérience qu’il est en train de vivre et jusqu’à un certain point n’en a pas besoin) ou tant que le degré de falsification ne lui est pas nuisible. Mais vient toujours le moment où ce qu’il y a d’erroné dans notre conception ou notre jugement entre en contradiction avec la forme et le contenu réels de l’expérience.
La situation dans laquelle la contradiction se résout au bénéfice de l’illusion, et où c’est le réel sensible dans sa forme et son contenu qui est trompeur, c’est la paranoïa. Cette situation, poussée à son paroxysme hallucinatoire, c’est la schizophrénie.
S’il était possible de vivre dans un monde intégralement falsifié par l’esprit, il n’y aurait pas de tels seuils de ruptures ou de déconnexion.
Thomas LAVOREL



